Sylvie intervient depuis onze ans pour l’adiam, pour de l’aide à domicile dans 18e arrondissement de Paris. Nous l’avons suivie une journée pour comprendre ce que recouvre vraiment le métier d’auxiliaire de vie à domicile.
8h00, première visite
Le premier rendez-vous de Sylvie est rue Marcadet, dans un immeuble ancien du 18ème arrondissement.
Elle prévient toujours avant d’entrer, même quand elle a la clé. « Madame D. a 89 ans, elle entend mal. Si j’arrive sans faire de bruit, je lui fais peur. Alors je frappe, j’attends, et j’annonce mon prénom dans le couloir. »
Ce genre de détail revient souvent dans sa façon de parler du métier. Rien de spectaculaire, beaucoup de choses apprises par l’usage.
La toilette, le café, et le reste
L’intervention du matin dure une heure et demie. Aide à la toilette, habillage, préparation du petit-déjeuner, un peu de rangement.
« La toilette, c’est le moment le plus délicat, explique Sylvie. On entre dans l’intimité de quelqu’un. Il y a des personnes qui mettent des mois à être vraiment à l’aise. Moi je parle beaucoup pendant ce temps-là, de la météo, de ce qu’on va manger, de n’importe quoi. Ça détend. »
Elle insiste sur un point : elle ne fait pas à la place, elle fait avec. « Madame D. peut encore se laver le visage toute seule. Si je le fais pour aller plus vite, dans trois mois elle ne saura plus. Donc je lui donne le gant, je reste à côté, et j’attends. »
Le café se prend ensemble, à la table de la cuisine. « C’est là qu’on parle. C’est là qu’on apprend des choses. »
Entre deux domiciles
Onze heures. Sylvie redescend et marche jusqu’à la rue Ordener. Sur ses cinq interventions de la journée, quatre sont accessibles à pied.
« C’est pour ça que je tiens à mon secteur. Quand on connaît le quartier, on gagne un temps fou. Je sais quelle boulangerie ouvre à quelle heure, je sais où trouver un pharmacien qui livre. Et les gens le sentent : je ne suis pas quelqu’un qui passe, je suis quelqu’un du quartier. »
Cette stabilité géographique n’est pas un détail d’organisation. Elle conditionne la régularité des passages, et la régularité conditionne tout le reste. Adiam organise ses équipes par secteur pour cette raison, en aide et soins à domicile dans le 18e comme dans les autres arrondissements.
14h : ce qu’on remarque et ce qu’on signale
L’après-midi, chez Monsieur B., Sylvie remarque quelque chose.
« Il avait trois boîtes de médicaments sur la table, alors que d’habitude son pilulier est préparé pour la semaine. Et il avait la voix pâteuse. »
Elle ne diagnostique rien. Elle note, et elle transmet. « Ce n’est pas mon rôle de décider s’il y a un problème médical. Mon rôle, c’est de dire ce que j’ai vu, précisément, à la coordinatrice. Elle, elle sait qui appeler. »
C’est, selon elle, la partie la moins visible et la plus importante du travail. « On est les seules à entrer chez les gens tous les jours. Le médecin passe une fois par mois. La famille appelle le dimanche. Nous, on voit tout de suite quand quelque chose change : quelqu’un qui ne finit plus ses assiettes, un frigo qui reste plein, une porte qu’on ne ferme plus à clé. »
Elle raconte avoir signalé, il y a deux ans, qu’une dame ne reconnaissait plus l’escalier de son propre immeuble. « J’ai transmis. Il y a eu une évaluation. Ça a permis d’anticiper au lieu d’attendre la chute. »
Un métier qui s’apprend
Sylvie a suivi une formation initiale, puis plusieurs modules au fil des années. Manutention, troubles cognitifs comme l’Alzheimer, prévention des chutes.
« Les gestes de transfert, du lit au fauteuil par exemple, ça s’apprend vraiment. Il y a une bonne façon de faire, qui protège la personne et qui vous protège vous. Ça ne s’improvise pas. »
Elle mentionne aussi le travail en équipe, moins visible de l’extérieur. « On a une coordinatrice, on a des collègues qui prennent le relais quand je suis en congés. Je leur transmets tout : les habitudes, ce qu’il faut savoir, les petites choses qui comptent. Une personne âgée ne devrait pas avoir à réexpliquer sa vie à chaque nouvelle intervenante. »
Cette continuité est au cœur du fonctionnement d’un service incluant aide soignante à domicile : la coordination, le suivi du plan d’aide et le relais entre intervenantes relèvent du service, pas de l’intervenante seule.
Ce qui la retient dans ce métier depuis onze ans ? Elle réfléchit un moment.
« Il y a une dame chez qui j’allais, elle était pianiste. Elle ne jouait plus, ses mains ne suivaient plus. Un jour elle m’a demandé de mettre un disque et elle m’a expliqué ce qui se passait dans le morceau, mesure par mesure. J’y suis retournée pendant quatre ans. Je n’ai jamais rien compris à la musique classique, mais ça, je ne l’oublierai pas. »
Elle range ses affaires. Dernière intervention à 17h, rue du Poteau.
« La différence entre aide à domicile et auxiliaire de vie échappe à beaucoup : les gens croient qu’on fait du ménage, alors qu’on fait le lien. C’est différent. »
Faire appel à l’adiam dans le 18e
Adiam intervient dans l’ensemble du 18e arrondissement, en aide à domicile comme en soins infirmiers à domicile. Les interventions peuvent être financées en tout ou partie par l’APA, selon le plan d’aide établi par le Département de Paris.