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La fragilité de la personne âgée – Prévention, Détection et Actions
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Aide à domicile à Paris - Fragilité et dépendance des personnes âgées

par Jacques Lambrozo | Emission Radio du 6 décembre 2018

Emission consacrée à la fragilité de la personne âgée

Radio : Après la revue générale sur la gériatrie et l’alimentation de la personne âgée, quel est le sujet du jour ?

Docteur Jacques Lambrozo : Après avoir traité d’un sujet fondamental car il conditionne beaucoup de situations, je veux parler de la qualité et aussi de la quantité des prises alimentaires. Nous allons aborder dans un prochain entretien les solutions de prévention qui s’imposent chez la personne âgée.

En effet, s’il peut sembler paradoxal de parler de prévention aux âges avancés de la vie, eh bien c’est justement à ces âges disons avancés qu’il faut penser à l’avenir pour essayer de se prémunir contre ce qui menace la qualité du vieillissement. Ce n’est donc pas une boutade. Pas du tout.

Vieillissement physiologique de la personne

Mais avant de parler de prévention, il faut bien comprendre ce qui rend la condition des personnes âgées si fragile.

Je veux parler de tous les événements physiques, psychologiques et autres qui vont menacer l’autonomie et donc conduire à la dépendance, en brisant un équilibre certes fragile mais équilibre tout de même

Ainsi :

 – c’est une grippe compliquée d’infection respiratoire,

 – une intervention chirurgicale jugée à priori comme bénigne,

 – une chute dont on s’est pourtant relevé sans trop de dommage

qui vont conduire à la perte d’autonomie.

Mais ces évènements sont en quelque sorte l’allumette qui casse le dos du chameau car, en amont, en filigrane, s’inscrivent une mauvaise alimentation, un isolement psycho social, une trop grande sédentarité et bien d’autres facteurs de dangerosité.

 

Radio : Que voulez-vous dire quand vous parlez de fragilité ? N’est-ce pas enfoncer une porte ouverte car nous savons tous bien qu’une personne âgée soit une personne fragile ?

Docteur Jacques Lambrozo : Vous avez en partie raison mais pas tout à fait !

Il n’est pas question de comparer un octogénaire à une personne dans la force de l’âge comme on dit couramment.

Claude Bernard déjà, au 19° siècle disait : « dans la vieillesse on répare plus lentement : il faut, par conséquent, être toujours plus ménager de ses forces ».

Les performances physiques pâtissent du vieillissement et sans aller chercher trop loin : un footballeur donne le meilleur de lui-même jusqu’à disons 30 ,35 ans et pourtant qui dira que 35 ans c’est déjà être vieux ?

L’Ecclésiaste aussi détaille ce que peut être le naufrage de l’âge, encore que les progrès de la médecine aient réellement permis d’en remédier un nombre certain.

Mais au-delà de ce qui est une évidence partagée, il faut quand même avancer, essayer de suppléer, compenser au mieux.

Donc parler simplement de fragilité est insuffisant, c’est une idée floue et fourre-tout. A partir de ce constat, je le répète partagé, il faut tirer les fils de l’écheveau qui composent la fragilité   pour intervenir efficacement.

Et c’est bien là l’essentiel !

L’attitude du médecin et du scientifique en général c’est d’y voir clair c’est-à-dire :  de bien nommer les choses, de savoir les reconnaitre, les distinguer séparément, c’est ce que nous allons voir.

Radio : Oui mais n’y a -t-il pas une confusion involontaire ou non entre la fragilité et les maladies qui peuvent affecter la personne âgée ? N’est-ce pas un peu la même chose ?

Non justement et c’est pourquoi votre question est importante. Elle permet d’expliciter des situations médicales bien différentes.

Lorsqu’une personne âgée présente une insuffisance cardiaque, ou une maladie de Parkinson ou des séquelles d’hémiplégie ou une insuffisance respiratoire elle est effectivement malade comme pourrait l’être quelqu’un de plus jeune et souvent aux âges avancés plusieurs maladies peuvent coexister.

Je dirai qu’à ce stade le mal est fait et requiert une toute autre stratégie.

Mais la fragilité qui nous intéresse aujourd’hui est bien différente.

Ce n’est pas en soi une maladie telle qu’énumérée plus haut mais au contraire une situation sournoise, parce que silencieuse et donc méconnue mais qui, à la faveur d’un évènement extérieur, va précipiter la personne âgée vers la perte d’autonomie.

La fragilité c’est la perte des réserves, de la capacité de réponse de l’organisme, la perte de la résilience physiologique pour emprunter un terme à la mode.

Or le problème c’est que trop souvent on ne se préoccupe que des maladies, que l’on connait depuis la Faculté, mais pas assez voire pas du tout de la fragilité, entité encore largement méconnue.

Comment dépister la fragilité chez la personne âgée ?

Les éléments clés qui définissent la fragilité chez la personne âgée ont été établis puis développés à la suite des travaux de Linda Fried du John Hopkins Médical center dans les années 2000.

Les critères développés sont heureusement simples et ne nécessitent pas de technologie compliquée ni ne génèrent pas de coût surajouté.

Indice de fragilité gériatrique

Il faut répondre à 5 questions et 3 réponses positives suffisent à définir l’état de fragilité.

Une réponse positive à une ou deux des 5 questions définit ce qu’on appelle la pré fragilité qui a valeur de signal d’alarme à prendre très vite au sérieux.

1. Y a -t-il eu une perte de poids involontaire au cours des derniers mois ?

2. La vitesse de marche est-elle ralentie ?

3. Y a-t-il une diminution de la force musculaire pour réaliser des tâches qui hier étaient réalisées sans trop ou sans gêne aucune ?

4. La personne âgée ressent elle une sensation d’épuisement ?

5. Quel est le degré de sédentarité ?

 

Comme vous pouvez en juger ces critères sont de rencontre fréquente et une étude a permis de chiffre à 4 à 5% de patients consultants tout venant en médecine générale répondent à ces critères.

En fait ces critères s’ils ont l’avantage de la simplicité ne couvrent pas toutes les situations rencontrées en pratique quotidienne.

Notamment en matière de troubles cognitifs, intellectuels.

Echelle de fragilité gériatrique

Depuis l’échelle de Linda Fried il y en a eu beaucoup, plus compliqué et comptant parfois jusqu’à 70 variables ! Autant dire qu’elles étaient inutilisables en pratique clinique quotidienne et ne servant qu’à la recherche.

Donc la plus utilisée actuellement, du moins en France, comporte 6 questions simples :

1. La personne âgée vit elle seule ?

2. Y a -t-il eu une perte de poids récente dans les 3 derniers mois ?

3. La personne âgée se sent-elle plus fatiguée depuis ces 3 derniers mois ?

4. La personne âgée a-t-elle plus de difficultés pour se déplacer depuis 3 mois ?

5. La personne âgée se plaint-elle de pertes de mémoire ?

6. La marche est-elle ralentie, ce qui signifie plus de 4 secondes pour parcourir 4 mètres.

Bien entendu cette évaluation ne doit être pratiquée que chez une personne âgée indemne d’une maladie évolutive, cardiaque, neurologique ou autre.

Dès lors que la fragilité parait probable que faut-il faire ?

Docteur Jacques Lambrozo : D’abord sans trop s’y attarder on peut regretter d’en être arrivé là, d’arriver si tard quand la situation se détériore, c’est ici toute place de la prévention qui fera l’objet de la prochaine émission.

Il va falloir intervenir vite et activement en bâtissant, en équipe, un plan d’intervention appelé P3 ou Plan de Prévention Personnalisé impliquant :

  • le médecin pour un examen soigneux et un bilan biologique,
  • l’aide à domicile appréciant le degré d’autonomie  c’est à dire l’hygiène corporelle, l’habillage, l’alimentation, la locomotion, la continence,
  • en coopération avec les soins infirmiers à domicile si cela s’avère nécessaire,
  • en coopération aussi avec la diététicienne,
  • l’ergothérapeute pour l’adaptation du logement aux nouvelles conditions et le kinésithérapeute
  • et bien sûr sans oublier la part essentielle que peuvent remplir les aidants c’est à dire la famille et les amis proches.

Comme vous le voyez c’est forcément un travail d’équipe, le médecin y a bien sûr toute sa place, qui coordonne la prise en charge mais une équipe d’aide et soins à domicile devient un atout indispensable en s’inscrivant dans la durée.

Pour conclure je dirai que c’est là notamment que l’adiam démontre, s’il en était besoin son professionnalisme et donc son efficacité et son savoir faire dans le maintien et l’assistance des personnes âgées à domicile.

Merci et à bientôt.